L'ostéoporose est une maladie silencieuse : elle ne fait pas mal, ne donne aucun symptôme, et se révèle presque toujours par sa complication — la fracture.
Les chiffres justifient qu'on s'en préoccupe sérieusement. Après 50 ans, une femme sur trois et un homme sur cinq subiront une fracture ostéoporotique. Et une fracture de l'extrémité supérieure du fémur (le « col du fémur ») chez une personne âgée entraîne une perte d'autonomie durable chez une grande part des patients, avec une mortalité à un an qui reste élevée.
La bonne nouvelle : l'os se traite, et le risque de fracture se réduit nettement.
Ce qui se passe dans l'os
L'os est un tissu vivant, en renouvellement permanent : des cellules le détruisent (ostéoclastes), d'autres le reconstruisent (ostéoblastes). Jusqu'à environ 30 ans, la construction l'emporte. Ensuite, l'équilibre s'inverse lentement.
Chez la femme, la ménopause accélère brutalement ce processus : la chute des œstrogènes peut faire perdre 2 à 3 % de masse osseuse par an pendant les premières années. Chez l'homme, la perte est plus progressive mais bien réelle.
L'ostéoporose n'est donc pas une simple « décalcification » : c'est une altération de la quantité et de l'architecture de l'os, qui devient poreux et cassant.
Qui doit se faire dépister ?
L'examen de référence est l'ostéodensitométrie (DXA), indolore, rapide, très peu irradiante. Elle mesure la densité minérale osseuse et donne un T-score :
| T-score | Interprétation |
|---|---|
| ≥ −1 | Densité normale |
| entre −1 et −2,5 | Ostéopénie |
| ≤ −2,5 | Ostéoporose |
| ≤ −2,5 avec fracture | Ostéoporose sévère |
Elle est justifiée en cas de :
- Fracture survenue après un traumatisme minime (chute de sa hauteur) — c'est le signal le plus fort
- Ménopause précoce (avant 45 ans)
- Antécédent de fracture du col du fémur chez un parent
- Corticothérapie prolongée (plus de 3 mois)
- Maigreur (IMC < 19), perte de poids importante
- Tabagisme, consommation excessive d'alcool
- Immobilisation prolongée
- Certaines maladies : hyperthyroïdie, hyperparathyroïdie, polyarthrite rhumatoïde, maladie cœliaque, insuffisance rénale chronique
- Perte de taille de plus de 3 à 4 cm, ou apparition d'une cyphose (dos voûté)
Les fractures qui comptent
- Vertébrale : la plus fréquente, souvent méconnue. Elle peut être indolore et se manifester seulement par une perte de taille et un dos qui se voûte. Elle multiplie par 5 le risque d'une nouvelle fracture vertébrale.
- Poignet : souvent la première, vers 60-65 ans. Elle doit déclencher un bilan.
- Col du fémur : la plus grave, en moyenne vers 80 ans. Elle nécessite presque toujours une chirurgie et une rééducation prolongée.
- Humérus, bassin, côtes : également évocatrices.
Prévenir : les fondations
Le calcium — par l'alimentation d'abord
Besoin après 65 ans : environ 1 200 mg par jour. Sources principales :
| Aliment | Portion | Calcium |
|---|---|---|
| Lait | 1 verre (250 ml) | ≈ 300 mg |
| Yaourt | 1 pot | ≈ 180 mg |
| Fromage à pâte dure | 30 g | ≈ 250 mg |
| Sardines avec arêtes | 100 g | ≈ 380 mg |
| Amandes | 30 g | ≈ 75 mg |
| Eaux minérales riches en calcium | 1 litre | 150–500 mg |
| Légumes verts (chou, brocoli) | 200 g | ≈ 100 mg |
Trois à quatre produits laitiers par jour couvrent en général les besoins. Les suppléments de calcium ne sont indiqués que si l'alimentation est insuffisante — leur bénéfice isolé est modeste et ils ne sont pas dénués d'effets indésirables.
La vitamine D — presque toujours nécessaire
Sans vitamine D, le calcium n'est pas absorbé. Or la carence est très fréquente après 70 ans : la peau la synthétise moins bien, l'exposition solaire est réduite, et les apports alimentaires sont faibles.
Une supplémentation prescrite par le médecin est justifiée chez la plupart des personnes âgées, en particulier celles vivant en institution ou sortant peu. Elle réduit aussi le risque de chute en améliorant la fonction musculaire.
L'activité physique en charge
L'os se construit sous contrainte mécanique. Ce qui stimule l'os :
- La marche quotidienne, en extérieur
- La montée d'escaliers
Questions fréquentes
L'ostéoporose fait-elle mal ?
Non, l'ostéoporose elle-même est indolore. Ce sont les fractures qui font mal — et même les tassements vertébraux peuvent passer inaperçus. C'est précisément ce qui rend le dépistage nécessaire.
Un homme peut-il avoir de l'ostéoporose ?
Oui. Environ 20 à 30 % des fractures ostéoporotiques surviennent chez l'homme, et leur pronostic après fracture du col du fémur est même plus défavorable que chez la femme. Le dépistage masculin est cependant très insuffisant.
Faut-il prendre du calcium en comprimés systématiquement ?
Non. La priorité est l'apport alimentaire. Les suppléments sont réservés aux personnes dont l'alimentation ne couvre pas les besoins, à dose modérée, car de fortes doses ont un intérêt discutable et peuvent causer des troubles digestifs ou des calculs rénaux.
Combien de temps dure un traitement de l'ostéoporose ?
Habituellement plusieurs années, avec une réévaluation régulière — typiquement autour de 3 à 5 ans selon le traitement et le niveau de risque. La décision de poursuivre ou d'interrompre appartient au médecin et se fonde sur le risque de fracture résiduel.
L'exposition au soleil suffit-elle pour la vitamine D ?
Rarement après 70 ans. La synthèse cutanée diminue fortement avec l'âge, et les recommandations de protection solaire ainsi que la faible exposition réelle des personnes âgées font que le dosage sanguin est souvent bas, même dans les pays ensoleillés comme le Maroc.
Pour aller plus loin
- Comprendre et prévenir les chutes
- Sarcopénie : combattre la fonte musculaire
- Bien manger après 70 ans
Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de doute sur votre santé ou celle d'un proche, parlez-en à votre médecin.
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