L'arthrose est la première cause de douleur chronique et de handicap chez la personne âgée. Après 70 ans, une majorité de personnes présentent des signes radiologiques d'arthrose — mais, fait essentiel, toutes n'ont pas mal. La corrélation entre l'image radiologique et la douleur ressentie est faible.
Cette observation change tout : si la radio ne détermine pas la douleur, c'est qu'il existe d'autres leviers d'action. Et c'est effectivement le cas.
Ce qu'est réellement l'arthrose
Longtemps décrite comme une simple « usure mécanique » du cartilage, l'arthrose est aujourd'hui comprise comme une maladie de toute l'articulation : cartilage, os sous-jacent, membrane synoviale, ligaments et muscles autour.
Elle comporte une composante inflammatoire, ce qui explique les poussées douloureuses avec gonflement, chaleur et raideur.
Ce que cela implique en pratique : le muscle et le mode de vie influencent réellement l'évolution. Un genou arthrosique entouré de muscles solides fait beaucoup moins mal qu'un genou arthrosique entouré de muscles fondus.
Les localisations fréquentes
- Genou (gonarthrose) — la plus invalidante pour la marche
- Hanche (coxarthrose) — douleur au pli de l'aine, parfois projetée au genou
- Mains — nodosités des doigts, rhizarthrose de la base du pouce, très gênante pour la préhension
- Colonne vertébrale — cervicale et lombaire, avec parfois compression nerveuse
- Épaule, cheville, pied
Reconnaître une douleur arthrosique
| Caractéristique | Douleur arthrosique | Douleur inflammatoire (arthrite) |
|---|---|---|
| Horaire | Le jour, à l'effort | La nuit, réveille le patient |
| Raideur matinale | Courte (< 30 min) | Longue (> 30–60 min) |
| Évolution dans la journée | S'aggrave avec l'activité | S'améliore avec l'activité |
| Repos | Soulage | Ne soulage pas |
Le traitement de fond : le mouvement
C'est le point le plus contre-intuitif, et le plus important. L'exercice est le traitement de première intention de l'arthrose, recommandé par toutes les sociétés savantes, avant tout médicament.
Beaucoup de patients pensent l'inverse : « j'ai mal, donc je dois épargner mon genou ». Le résultat est une fonte musculaire, une articulation moins protégée, une prise de poids, une raideur — et une douleur qui augmente.
Ce qui fonctionne
1. Le renforcement musculaire ciblé. Pour le genou, le quadriceps ; pour la hanche, les fessiers. Les études montrent une réduction de la douleur comparable à celle de certains anti-inflammatoires, sans les effets secondaires.
Exemples réalisables à domicile :
- Assis sur une chaise, tendre la jambe à l'horizontale et tenir 5 secondes, 10 fois par jambe
- Allongé, presser un coussin sous le genou pendant 5 secondes, 10 fois
- Debout face à une chaise, monter sur la pointe des pieds, 15 fois
- Lever latéral de la jambe, en appui sur un plan de travail, 10 fois par côté
2. L'activité d'endurance à faible impact. Marche, vélo (selle haute), natation, aquagym. Trente minutes par jour, quitte à fractionner en trois fois dix minutes.
3. Les étirements et la mobilité, pour préserver l'amplitude articulaire.
4. La perte de poids en cas de surcharge : chaque kilo perdu retire l'équivalent de 3 à 4 kg de pression sur le genou à chaque pas. Attention toutefois à ne jamais viser un amaigrissement chez une personne fragile ou dénutrie.
Les traitements non médicamenteux
- La kinésithérapie, essentielle pour apprendre les bons exercices et corriger la marche
- La canne, tenue du côté opposé à l'articulation douloureuse : elle réduit la charge de 20 à 25 %. Beaucoup de patients la refusent par fierté — elle permet pourtant de continuer à sortir
- La chaleur (bouillotte, douche chaude) pour la raideur ; le froid en poussée inflammatoire
- Les semelles et les chaussures amortissantes
- Les aides techniques : rehausseur de WC, barre d'appui, siège de douche, ouvre-bocal, manches longs pour s'habiller (voir l'aménagement du domicile)
- Les orthèses de repos pour la rhizarthrose du pouce, très efficaces
Les médicaments : ce qui est sûr après 70 ans
Le paracétamol reste le traitement de première intention chez la personne âgée : efficacité modeste mais bonne tolérance. Respecter les doses maximales et vérifier qu'il n'est pas déjà présent dans un autre médicament pris en parallèle.
Les anti-inflammatoires (AINS) par voie orale — ibuprofène, diclofénac et apparentés — sont à éviter au grand âge : hémorragie digestive, insuffisance rénale, poussée hypertensive, décompensation cardiaque. Si leur usage est jugé nécessaire, ce doit être à la dose la plus faible, pour la durée la plus courte, sous surveillance, et jamais en automédication.
Les AINS en gel local constituent une alternative intéressante pour le genou et les mains : efficacité réelle avec un passage systémique très faible.
Les opioïdes faibles peuvent être discutés en cas d'échec, avec une vigilance particulière (constipation, somnolence, confusion, chutes). Le sujet est traité en détail dans antalgiques chez la personne âgée.
Les infiltrations de corticoïdes soulagent efficacement une poussée inflammatoire, avec un effet de quelques semaines à quelques mois. Elles sont limitées en nombre par an.
La chirurgie : quand y penser
La pose d'une prothèse de hanche ou de genou est l'une des chirurgies les plus efficaces de la médecine moderne en termes de qualité de vie retrouvée.
Elle se discute lorsque :
- La douleur persiste malgré un traitement bien conduit
Pour aller plus loin
- La douleur chronique n'est pas une fatalité
- Antalgiques chez la personne âgée : ce qui est sûr
- Activité physique après 65 ans
Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de doute sur votre santé ou celle d'un proche, parlez-en à votre médecin.
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