La fibrillation auriculaire est le trouble du rythme cardiaque le plus fréquent, et sa prévalence explose avec l'âge : environ 1 % avant 60 ans, mais 10 à 15 % après 80 ans.
Son enjeu n'est pas le confort. C'est l'AVC. Une fibrillation auriculaire non traitée multiplie par cinq le risque d'accident vasculaire cérébral, et les AVC qu'elle provoque sont en moyenne plus graves et plus invalidants que les autres. À l'inverse, un traitement anticoagulant bien conduit réduit ce risque d'environ deux tiers.
C'est donc l'une des situations où le diagnostic change réellement le destin d'une personne.
Ce qui se passe dans le cœur
Normalement, les oreillettes (les cavités supérieures du cœur) se contractent de façon coordonnée, sous l'impulsion d'un stimulateur naturel. En fibrillation, elles sont parcourues d'une activité électrique anarchique à 400–600 impulsions par minute : elles ne se contractent plus, elles « frémissent ».
Deux conséquences :
- Le pouls devient irrégulier et souvent rapide, car seule une partie des impulsions atteint les ventricules.
- Le sang stagne dans l'oreillette gauche, en particulier dans un petit cul-de-sac appelé auricule. Un caillot peut s'y former, migrer, et boucher une artère cérébrale.
Les symptômes — et leur absence
Quand elle se manifeste :
- Palpitations, sensation de cœur qui s'emballe ou bat de façon désordonnée
- Essoufflement à l'effort, puis au repos
- Fatigue inhabituelle, baisse des capacités
- Malaise, sensation de tête vide, parfois syncope
- Douleur ou oppression thoracique
- Chez la personne âgée : parfois seulement une chute, une confusion, ou une aggravation d'une insuffisance cardiaque
Mais dans un tiers des cas environ, la fibrillation est totalement silencieuse. Elle est alors découverte fortuitement — ou, trop tard, au moment de l'AVC.
Le geste simple qui sauve : prendre son pouls
Posez deux doigts (pas le pouce) sur la face interne du poignet, du côté du pouce. Comptez pendant une minute complète.
Un pouls irrégulier, sans aucun rythme discernable, doit faire consulter. C'est un dépistage gratuit, faisable chez soi, recommandé une fois par mois après 65 ans.
Beaucoup de tensiomètres électroniques affichent un symbole d'arythmie : ce n'est pas un diagnostic, mais c'est une alerte à ne pas ignorer. Certaines montres connectées détectent également des épisodes — là encore, le diagnostic exige un électrocardiogramme.