Le traitement de fond : le mouvement
C'est le point le plus contre-intuitif, et le plus important. L'exercice est le traitement de première intention de l'arthrose, recommandé par toutes les sociétés savantes, avant tout médicament.
Beaucoup de patients pensent l'inverse : « j'ai mal, donc je dois épargner mon genou ». Le résultat est une fonte musculaire, une articulation moins protégée, une prise de poids, une raideur — et une douleur qui augmente.
Ce qui fonctionne
1. Le renforcement musculaire ciblé. Pour le genou, le quadriceps ; pour la hanche, les fessiers. Les études montrent une réduction de la douleur comparable à celle de certains anti-inflammatoires, sans les effets secondaires.
Exemples réalisables à domicile :
- Assis sur une chaise, tendre la jambe à l'horizontale et tenir 5 secondes, 10 fois par jambe
- Allongé, presser un coussin sous le genou pendant 5 secondes, 10 fois
- Debout face à une chaise, monter sur la pointe des pieds, 15 fois
- Lever latéral de la jambe, en appui sur un plan de travail, 10 fois par côté
2. L'activité d'endurance à faible impact. Marche, vélo (selle haute), natation, aquagym. Trente minutes par jour, quitte à fractionner en trois fois dix minutes.
3. Les étirements et la mobilité, pour préserver l'amplitude articulaire.
4. La perte de poids en cas de surcharge : chaque kilo perdu retire l'équivalent de 3 à 4 kg de pression sur le genou à chaque pas. Attention toutefois à ne jamais viser un amaigrissement chez une personne fragile ou dénutrie.
Les traitements non médicamenteux
- La kinésithérapie, essentielle pour apprendre les bons exercices et corriger la marche
- La canne, tenue du côté opposé à l'articulation douloureuse : elle réduit la charge de 20 à 25 %. Beaucoup de patients la refusent par fierté — elle permet pourtant de continuer à sortir
- La chaleur (bouillotte, douche chaude) pour la raideur ; le froid en poussée inflammatoire
- Les semelles et les chaussures amortissantes
- Les aides techniques : rehausseur de WC, barre d'appui, siège de douche, ouvre-bocal, manches longs pour s'habiller (voir l'aménagement du domicile)
- Les orthèses de repos pour la rhizarthrose du pouce, très efficaces
Les médicaments : ce qui est sûr après 70 ans
Le paracétamol reste le traitement de première intention chez la personne âgée : efficacité modeste mais bonne tolérance. Respecter les doses maximales et vérifier qu'il n'est pas déjà présent dans un autre médicament pris en parallèle.
Les anti-inflammatoires (AINS) par voie orale — ibuprofène, diclofénac et apparentés — sont à éviter au grand âge : hémorragie digestive, insuffisance rénale, poussée hypertensive, décompensation cardiaque. Si leur usage est jugé nécessaire, ce doit être à la dose la plus faible, pour la durée la plus courte, sous surveillance, et jamais en automédication.
Les AINS en gel local constituent une alternative intéressante pour le genou et les mains : efficacité réelle avec un passage systémique très faible.
Les opioïdes faibles peuvent être discutés en cas d'échec, avec une vigilance particulière (constipation, somnolence, confusion, chutes). Le sujet est traité en détail dans antalgiques chez la personne âgée.
Les infiltrations de corticoïdes soulagent efficacement une poussée inflammatoire, avec un effet de quelques semaines à quelques mois. Elles sont limitées en nombre par an.
La chirurgie : quand y penser
La pose d'une prothèse de hanche ou de genou est l'une des chirurgies les plus efficaces de la médecine moderne en termes de qualité de vie retrouvée.
Elle se discute lorsque :
- La douleur persiste malgré un traitement bien conduit
- Le périmètre de marche se réduit fortement
- La douleur nocturne s'installe
- L'autonomie est compromise
L'âge seul n'est pas une contre-indication. Ce qui compte, c'est l'état général, la fragilité et la motivation à suivre la rééducation. Une évaluation gériatrique avant l'intervention (nutrition, muscle, révision des traitements) réduit significativement les complications — c'est ce qu'on appelle la préhabilitation.
Questions fréquentes
L'arthrose s'aggrave-t-elle forcément avec le temps ?
Pas nécessairement. L'évolution est très variable : certaines arthroses restent stables pendant des années, d'autres progressent plus vite. Surtout, la douleur et le handicap ne suivent pas fidèlement l'image radiologique — ils dépendent beaucoup de l'état musculaire, du poids et de l'activité, donc de facteurs sur lesquels on peut agir.
Le climat humide aggrave-t-il l'arthrose ?
Beaucoup de patients le rapportent, et les variations de pression atmosphérique pourraient jouer sur la sensibilité articulaire. L'effet reste modeste et ne modifie pas l'évolution de la maladie. Le froid augmente surtout la raideur, que la chaleur locale soulage bien.
Faut-il faire une radiographie régulièrement ?
Non. La radiographie confirme le diagnostic initial et sert avant une chirurgie, mais son suivi répété est inutile : elle ne guide pas le traitement, puisqu'elle ne reflète pas la douleur ressentie.
Les compléments (glucosamine, chondroïtine, collagène) sont-ils efficaces ?
Les données sont contradictoires et l'effet, s'il existe, est faible. Ils sont généralement bien tolérés, mais ne remplacent jamais l'exercice et la kinésithérapie. Signalez-les à votre médecin : certains interagissent avec les anticoagulants.
Marcher avec une canne, n'est-ce pas s'affaiblir davantage ?
C'est l'inverse. La canne diminue la douleur, permet de marcher plus longtemps et plus souvent — donc d'entretenir les muscles. Ce qui affaiblit, c'est de rester chez soi parce que la marche fait mal.