Douleurs neuropathiques : quand le nerf lui-même fait mal
Brûlures, décharges électriques, fourmillements : ces douleurs ne répondent pas aux antalgiques habituels. Comment les reconnaître et les traiter.
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Dr Hind Akalai
Geriatrics & Gerontology
June 11, 2026 7 min read 0 views
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« J'ai l'impression qu'on me brûle les pieds la nuit. » « C'est comme des décharges électriques dans la jambe. » « Le simple contact du drap est insupportable. »
Ces descriptions ne correspondent pas à une douleur ordinaire. Ce sont celles d'une douleur neuropathique : une douleur provoquée non pas par une lésion des tissus, mais par une atteinte du système nerveux lui-même. Le nerf, abîmé, envoie des signaux de douleur en l'absence de toute agression.
C'est une distinction capitale, car ces douleurs ne répondent pas au paracétamol ni aux anti-inflammatoires. Prescrire davantage d'antalgiques classiques revient à augmenter les effets secondaires sans soulager.
Reconnaître une douleur neuropathique
Le vocabulaire des patients
Les mots employés sont très évocateurs :
Brûlure, chaleur intense
Décharge électrique, coup de poignard
Fourmillements, picotements, engourdissement
Sensation d'étau, de peau cartonnée
Démangeaisons profondes
Deux signes très spécifiques
L'allodynie : une stimulation normalement indolore devient douloureuse — le drap sur les pieds, le vent sur le visage, le contact d'un vêtement.
L'hyperalgésie : une stimulation légèrement douloureuse provoque une douleur disproportionnée.
Autres caractéristiques
La douleur suit un territoire nerveux (une bande sur le thorax, la face externe de la jambe, les deux pieds « en chaussettes »)
Elle prédomine souvent la nuit, perturbant le sommeil
Elle s'associe fréquemment à une perte de sensibilité dans la même zone — association paradoxale mais très caractéristique
Le questionnaire DN4, utilisé en consultation, permet de poser le diagnostic en quelques questions et un examen simple.
Les causes fréquentes chez la personne âgée
La douleur post-zostérienne
Complication du zona, elle survient chez une part importante des patients âgés et peut persister des mois ou des années. Elle est l'une des douleurs les plus difficiles à traiter — et l'un des meilleurs arguments en faveur de la .
Elle touche jusqu'à la moitié des diabétiques anciens. Typiquement bilatérale, symétrique, débutant par les pieds « en chaussettes » puis remontant. Elle s'accompagne d'une perte de sensibilité qui expose au pied diabétique.
Les douleurs radiculaires
Sciatique, cruralgie, névralgie cervico-brachiale : compression d'une racine nerveuse par une hernie ou un canal lombaire étroit, très fréquent au grand âge.
Les autres causes
Séquelles d'AVC (douleur centrale post-AVC)
Névralgie du trijumeau — décharges fulgurantes du visage
Neuropathies après chimiothérapie
Carence en vitamine B12, alcoolisme chronique
Compression nerveuse (canal carpien)
Douleurs post-chirurgicales persistantes, douleur du membre fantôme
Le traitement : d'autres médicaments, d'autres délais
Les principes
Le traitement repose sur des molécules qui modulent la transmission nerveuse — antidépresseurs à visée antalgique et antiépileptiques — et non sur les antalgiques classiques. Trois principes gouvernent leur usage chez la personne âgée :
Commencer à très faible dose et augmenter lentement. Les doses efficaces sont souvent inférieures à celles de l'adulte jeune.
Être patient. L'effet n'apparaît qu'après 2 à 4 semaines. Beaucoup de traitements sont abandonnés à tort au bout de quelques jours.
Se méfier de la somnolence, des vertiges et de la confusion, qui exposent aux chutes — d'où la prise initiale le soir et la progression prudente.
Les traitements locaux — souvent sous-utilisés
Chez la personne âgée, ils sont particulièrement intéressants car ils évitent les effets généraux :
Emplâtres de lidocaïne, notamment dans la douleur post-zostérienne, appliqués sur une zone limitée
Patchs de capsaïcine à forte concentration, appliqués en milieu médical
Ces options doivent être proposées avant d'escalader vers des traitements systémiques mal tolérés
Ce qui ne marche pas
Le paracétamol et les anti-inflammatoires sont peu ou pas efficaces sur la composante neuropathique pure. Les opioïdes ont une efficacité limitée et un rapport bénéfice/risque défavorable au grand âge dans cette indication.
Les approches non médicamenteuses
Elles ne sont pas accessoires : dans la douleur chronique, elles font partie du traitement.
La neurostimulation transcutanée (TENS) : petit appareil portable, sans effet secondaire, utile chez de nombreux patients
La kinésithérapie douce et le maintien de l'activité — l'immobilité aggrave la douleur chronique
La désensibilisation : massages doux et progressifs de la zone allodynique
La relaxation, la respiration, la méditation, qui agissent sur la composante émotionnelle de la douleur
La prise en charge du sommeil et de l'humeur : douleur, insomnie et dépression s'entretiennent mutuellement (voir ici)
Le soutien psychologique, sans jamais suggérer que la douleur serait « dans la tête » — elle est bien réelle et mesurable
Évaluer pour suivre
Chez la personne âgée, il est essentiel de mesurer la douleur pour savoir si le traitement fonctionne. Une simple échelle de 0 à 10, notée matin et soir, suffit.
Chez les personnes ayant des troubles de la communication (démence avancée, aphasie), on utilise des échelles comportementales (Algoplus, Doloplus) qui observent le visage, les plaintes, les postures, les mouvements et l'interaction. Une personne qui ne peut pas dire qu'elle a mal n'en souffre pas moins — c'est une réalité largement sous-estimée.
Questions fréquentes
Combien de temps dure une douleur post-zostérienne ?
Très variable : de quelques semaines à plusieurs années. Le risque augmente fortement avec l'âge. Un traitement antiviral débuté dans les 72 heures suivant l'éruption réduit ce risque, et la vaccination le réduit encore davantage.
Les fourmillements dans les pieds sont-ils toujours dus au diabète ?
Non. Le diabète est la cause la plus fréquente, mais il faut aussi rechercher une carence en vitamine B12 (fréquente sous metformine ou sous certains traitements de l'estomac), une hypothyroïdie, une consommation d'alcool, une insuffisance rénale, un canal lombaire étroit ou l'effet d'un médicament. Un bilan est justifié.
Ces traitements créent-ils une dépendance ?
Les antidépresseurs et antiépileptiques utilisés dans cette indication ne créent pas de dépendance au sens des opioïdes ou des benzodiazépines. Ils ne doivent cependant jamais être arrêtés brutalement : la diminution doit être progressive, sous contrôle médical.
Pourquoi me prescrit-on un antidépresseur alors que je ne suis pas déprimé ?
Parce que certaines de ces molécules agissent directement sur les voies de la douleur, à des doses souvent inférieures à celles utilisées pour la dépression. C'est un usage antalgique parfaitement établi. Cette explication devrait être donnée systématiquement — son absence est une cause fréquente d'abandon du traitement.
La douleur neuropathique peut-elle disparaître ?
Oui, notamment lorsque la cause est traitable : compression levée, carence corrigée, diabète équilibré, zona récent. Dans les formes anciennes, l'objectif devient le contrôle plutôt que la guérison — mais un contrôle satisfaisant est atteint chez une majorité de patients correctement traités.
Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de doute sur votre santé ou celle d'un proche, parlez-en à votre médecin.