Chaque année, la même question revient en consultation dans les semaines qui précèdent le mois sacré : « Docteur, est-ce que je peux jeûner ? »
C'est une question médicale, mais aussi profondément personnelle et spirituelle. Mon rôle de médecin n'est pas de décider à la place de mes patients : il est de leur donner une évaluation honnête du risque et, s'ils choisissent de jeûner, de rendre ce jeûne aussi sûr que possible.
Rappelons d'emblée un point souvent méconnu : l'islam prévoit explicitement une dispense pour les personnes malades et âgées, avec possibilité de compensation. Ne pas jeûner pour raison médicale n'est pas un manquement religieux.
Pourquoi le jeûne est plus risqué au grand âge
Le jeûne du Ramadan implique 12 à 16 heures sans manger ni boire, un décalage complet des repas, une modification du sommeil, et souvent une activité nocturne accrue. Chez une personne âgée diabétique, cela expose à quatre risques :
- L'hypoglycémie — surtout en fin de journée, sous insuline ou sulfamides. C'est le risque principal, et il est majoré par la perte des signes d'alerte au grand âge (lire).
- L'hyperglycémie et l'acidocétose — souvent après un ftour très copieux, ou en cas de réduction excessive du traitement.
- La déshydratation — particulièrement lorsque le Ramadan tombe en été, avec un risque de malaise, de chute, d'insuffisance rénale et de thrombose (voir notre article).
- Le déséquilibre des autres traitements — diurétiques, anticoagulants, antihypertenseurs, dont les horaires doivent être repensés.
Évaluer son risque : les trois catégories
Les recommandations internationales (IDF-DAR) classent les patients en trois niveaux. Cette évaluation doit être faite par le médecin, 6 à 8 semaines avant le début du mois.
Risque très élevé — le jeûne est fortement déconseillé
- sévère ou acidocétose dans les 3 mois précédents
- Hypoglycémies fréquentes ou non ressenties
- Diabète très déséquilibré (HbA1c élevée)
- Insuffisance rénale sévère, dialyse
- Maladie cardiovasculaire instable, évoluée