AVC : reconnaître les signes et agir dans les premières minutes
Chaque minute perdue détruit près de deux millions de neurones. Les trois signes à connaître, le réflexe qui sauve, et la prévention après 65 ans.
HA
Dr Hind Akalai
Geriatrics & Gerontology
April 30, 2026 6 min read 0 views
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Un accident vasculaire cérébral survient toutes les quelques secondes dans le monde. C'est la première cause de handicap acquis de l'adulte et l'une des premières causes de décès après 65 ans.
Mais c'est aussi une urgence où le temps est du cerveau : chaque minute sans traitement détruit environ 1,9 million de neurones. Les traitements de désobstruction n'ont d'effet que dans une fenêtre étroite — quelques heures au maximum. Ce que fait l'entourage dans les dix premières minutes détermine souvent le handicap des vingt années suivantes.
Reconnaître un AVC : la règle FAST
Trois signes, faciles à mémoriser et à vérifier en trente secondes.
Lettre
Vérification
Signe d'AVC
F — Face (visage)
Demandez de sourire
Un côté du visage ne bouge pas, la bouche est déviée
A — Arms (bras)
Demandez de lever les deux bras
Un bras retombe ou ne se lève pas
S — Speech (parole)
Demandez de répéter une phrase simple
Parole déformée, mots incompréhensibles, ou impossibilité de parler
T — Time (temps)
—
Appelez immédiatement les secours et notez l'heure de début
Les autres signes possibles
Perte de la vision d'un œil ou d'une moitié du champ visuel, vision double
Trouble brutal de l'équilibre ou de la coordination, incapacité de marcher
Vertige intense d'apparition soudaine
Engourdissement ou faiblesse d'un côté du corps
Maux de tête violents et brutaux, « comme jamais auparavant »
Confusion brutale, incapacité de comprendre ce qu'on lui dit
Le mot-clé est brutal. Tout déficit neurologique d'installation soudaine est un AVC jusqu'à preuve du contraire.
Ne « surveillez » jamais. N'attendez pas que ça passe. Ne donnez ni à boire ni à manger ni aucun médicament (surtout pas d'aspirine : s'il s'agit d'une hémorragie, elle l'aggrave). Appelez immédiatement les secours, allongez la personne en position latérale de sécurité si elle est somnolente, et notez précisément l'heure des premiers symptômes.
L'heure de début : l'information la plus précieuse
Les traitements de reperfusion dépendent entièrement du délai. La question que posera le médecin est : « à quelle heure exactement la personne a-t-elle été vue normale pour la dernière fois ? » Si l'AVC survient pendant la nuit, c'est l'heure du coucher qui compte.
Notez-la. Écrivez-la. C'est ce qui décidera du traitement.
L'AIT : l'alerte qu'il ne faut pas manquer
Un accident ischémique transitoire est un AVC dont les symptômes disparaissent spontanément, souvent en quelques minutes. La personne se rassure et ne consulte pas.
C'est une erreur majeure : le risque de faire un AVC constitué dans les jours qui suivent un AIT est très élevé, en particulier dans les 48 premières heures. Un AIT est une urgence au même titre qu'un AVC — c'est une occasion, offerte une seule fois, d'éviter le handicap.
Les deux types d'AVC
L'AVC ischémique (80 à 85 %) : une artère cérébrale se bouche, par un caillot formé sur place (athérome) ou venu du cœur (souvent une fibrillation auriculaire). Traitement possible : thrombolyse et/ou thrombectomie, dans un délai limité.
L'AVC hémorragique (15 à 20 %) : une artère se rompt. L' mal contrôlée en est la cause principale. La prise en charge est différente — d'où la nécessité absolue d'un scanner cérébral en urgence avant tout traitement.
Seul l'imagerie permet de distinguer les deux. C'est pourquoi aucun traitement ne doit être donné à domicile.
Prévenir : ce qui réduit vraiment le risque
Environ 80 % des AVC seraient évitables par le contrôle des facteurs de risque.
1. L'hypertension artérielle — de loin le premier facteur
Elle est responsable à elle seule d'une part majeure des AVC. Un bon contrôle tensionnel réduit le risque d'environ 40 %. Voir notre dossier : quelle tension viser après 70 ans.
2. La fibrillation auriculaire
Elle multiplie par cinq le risque d'AVC, et l'anticoagulation le réduit de deux tiers. Le dépistage par la prise du pouls est donc une mesure de prévention à part entière.
3. Les autres facteurs modifiables
Diabète : le contrôle glycémique adapté à l'âge réduit le risque vasculaire (lire)
Tabac : l'arrêt réduit le risque de moitié en quelques années, à tout âge
Cholestérol : selon le profil de risque et l'âge, discuté au cas par cas
Sédentarité : 30 minutes de marche par jour réduisent le risque de 25 à 30 %
Alimentation : type méditerranéen, riche en fruits, légumes, huile d'olive et poisson, pauvre en sel
Alcool : au-delà de consommations modérées, le risque augmente nettement
Apnées du sommeil, souvent négligées
Après l'AVC : la récupération
La rééducation doit commencer le plus tôt possible, dès les premiers jours quand l'état le permet. Elle mobilise kinésithérapie, ergothérapie et orthophonie.
La récupération est maximale dans les trois à six premiers mois, mais elle se poursuit ensuite — plus lentement — pendant plus d'un an. Le cerveau conserve une capacité de réorganisation à tout âge : c'est la plasticité cérébrale, et elle justifie de ne jamais arrêter la rééducation par découragement.
Les points de vigilance après un AVC :
La dépression post-AVC est très fréquente et sous-traitée : elle freine la récupération (lire)
Les troubles de la déglutition exposent aux pneumonies : ils imposent des textures adaptées et une évaluation orthophonique
La prévention secondaire — traitements, tension, diabète — est ce qui évite la récidive
Le soutien de l'aidant, souvent brutalement propulsé dans ce rôle (voir notre guide)
Questions fréquentes
Que faire en attendant les secours ?
Allonger la personne, tête légèrement surélevée ; la mettre en position latérale de sécurité si elle est somnolente ou vomit ; desserrer les vêtements ; ne rien donner par la bouche ; rester auprès d'elle ; rassembler la liste des médicaments et noter l'heure de début des symptômes.
Les symptômes ont disparu en dix minutes, faut-il quand même consulter ?
Oui, en urgence. C'est probablement un AIT, et le risque d'AVC constitué dans les jours qui suivent est important. Une évaluation rapide permet d'identifier la cause et de mettre en place un traitement préventif immédiat.
Peut-on faire un AVC sans avoir d'hypertension ?
Oui. La fibrillation auriculaire, le diabète, le tabac, un rétrécissement des carotides, certaines maladies du sang ou du cœur peuvent en être responsables. L'absence d'hypertension ne met pas à l'abri.
Un AVC entraîne-t-il forcément une paralysie définitive ?
Non. Le pronostic dépend de la zone touchée, de l'étendue des lésions et surtout de la rapidité de la prise en charge. Une partie des patients traités très tôt récupère de façon complète ou quasi complète. La rééducation intensive et précoce améliore nettement les résultats.
Comment savoir si c'est un AVC ou un malaise banal ?
Le caractère brutal et le caractère focal (un côté du corps, un bras, la parole, un œil) orientent vers l'AVC. En cas de doute, appliquez le principe qui prévaut en médecine d'urgence : appelez les secours. Un déplacement injustifié est sans conséquence ; un AVC non traité en a de très lourdes.
Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de doute sur votre santé ou celle d'un proche, parlez-en à votre médecin.