L' artérielle concerne plus de deux personnes sur trois après 70 ans. C'est le premier facteur de risque d'AVC, d'insuffisance cardiaque, d'insuffisance rénale et — on le sait moins — de déclin cognitif.
Mais chez la personne âgée, la question n'est pas « faire baisser le plus possible ». C'est trouver la bonne cible, celle qui protège le cerveau et le cœur sans provoquer malaises, chutes et fractures. C'est l'un des exercices d'équilibre les plus fins de la .
Pourquoi la tension monte avec l'âge
Le mécanisme est essentiellement mécanique. Les grosses artères, en particulier l'aorte, perdent leur élasticité : elles se rigidifient. À chaque contraction du cœur, elles n'amortissent plus l'onde de pression.
Conséquence caractéristique après 70 ans : la systolique monte (le premier chiffre) tandis que la diastolique reste stable ou baisse. On parle d'hypertension systolique isolée — par exemple 165/70. C'est la forme la plus fréquente chez le sujet âgé, et elle est bel et bien à risque : c'est la systolique qui prédit le mieux l'AVC.
S'ajoutent d'autres facteurs : baisse de la fonction rénale, sensibilité accrue au sel, prise de poids, apnées du sommeil, certains médicaments (anti-inflammatoires, corticoïdes).
Bien mesurer avant de traiter
C'est une étape que l'on néglige, et qui change pourtant les décisions.
Les règles d'une mesure fiable
- Au repos depuis 5 minutes, assis, dos appuyé, pieds au sol, bras soutenu à hauteur du cœur
- Sans avoir fumé, bu du café ni fait d'effort dans la demi-heure précédente
- Vessie vide
- Sans parler pendant la mesure
- Brassard adapté au tour de bras : un brassard trop petit surestime largement la tension
- Trois mesures espacées d'une minute, en retenant la moyenne des deux dernières
L'automesure à domicile : la référence
La tension mesurée au cabinet est souvent plus élevée (effet « blouse blanche »), et parfois plus basse qu'à domicile. L'automesure est aujourd'hui le meilleur outil de décision.
La règle des 3 : 3 mesures le matin avant le petit-déjeuner et la prise des médicaments, 3 mesures le soir avant le coucher, pendant 3 jours consécutifs. On note tout, et on retient la moyenne.
La mesure debout — indispensable après 70 ans
Il faut toujours mesurer la tension après 1 et 3 minutes de station debout. Une chute de plus de 20 mmHg de systolique définit une hypotension orthostatique, très fréquente chez la personne âgée traitée, et responsable de malaises et de chutes. Sans cette mesure, on traite à l'aveugle.
Les cibles selon l'âge et l'état de santé
Les recommandations ont beaucoup évolué et se sont personnalisées. En pratique, on raisonne ainsi :
| Profil | Cible systolique habituelle |
|---|---|
| 65–79 ans, en bonne santé | 130–139 mmHg |
| ≥ 80 ans, autonome et robuste | 140–150 mmHg, si bien toléré |
| Personne fragile, polypathologique | Cible assouplie, individualisée |
| Hypotension orthostatique, chutes répétées | Priorité à la tension debout, allègement du traitement |
Deux principes gouvernent la décision :
- Ne jamais descendre la systolique sous 120 mmHg chez une personne âgée traitée : en dessous, le bénéfice disparaît et les risques augmentent.
- La tolérance prime sur le chiffre. Une cible atteinte au prix de vertiges, de fatigue et de chutes est une mauvaise cible.
Le traitement non médicamenteux — qui compte vraiment
Il n'est pas un préliminaire symbolique : ses effets sont mesurables.
- Réduire le sel : viser 5 à 6 g par jour. Le sel « caché » est le principal contributeur — pain, olives, conserves, fromages, charcuterie, bouillons cubes, plats industriels. Attention toutefois : un régime sans sel strict chez une personne âgée fragile provoque une dénutrition. Modération, pas privation.
- Bouger : 30 minutes de marche par jour font baisser la systolique de 5 à 8 mmHg (programme).
- Alimentation méditerranéenne : fruits, légumes, huile d'olive, poisson, légumineuses. Riche en potassium, elle a un effet antihypertenseur propre.
- Perdre quelques kilos en cas de surpoids, sans jamais viser un amaigrissement chez une personne fragile.
- Limiter l'alcool, arrêter le tabac.
- Traiter les apnées du sommeil, cause fréquente d'hypertension résistante (voir le sommeil après 60 ans).
Les médicaments : principes chez le sujet âgé
Les signes qui doivent alerter
Consultez sans délai en cas de :
- Tension très élevée (systolique ≥ 180) avec maux de tête violents, troubles visuels, douleur thoracique, essoufflement ou confusion
- Malaises, vertiges au lever, chutes répétées depuis un changement de traitement
- Fatigue intense ou somnolence nouvelle
- Gonflement des chevilles, prise de poids rapide, essoufflement en position allongée — signes d'insuffisance cardiaque
Et appelez les urgences immédiatement devant des signes d'AVC : bouche déviée, faiblesse d'un bras, trouble de la parole.
Questions fréquentes
160/80 à 85 ans, faut-il vraiment traiter ?
Oui, le plus souvent : les études conduites chez les plus de 80 ans montrent un bénéfice réel du traitement sur les AVC, l'insuffisance cardiaque et la mortalité. Mais la cible sera modérée (autour de 140–150 de systolique) et le traitement introduit progressivement, avec surveillance de la tension debout.
Une tension basse est-elle dangereuse chez une personne âgée ?
Elle peut l'être. Une systolique inférieure à 110–120 mmHg chez une personne âgée traitée s'accompagne d'un risque accru de malaise, de chute, de fracture et d'aggravation d'une insuffisance rénale. Si votre tension descend nettement sous la cible, signalez-le : le traitement est probablement à alléger.
Faut-il prendre ses médicaments le matin ou le soir ?
Il n'y a pas de règle universelle. Ce qui compte le plus est la régularité. Une prise le soir peut être préférable pour certains, mais chez une personne à risque de chute nocturne ou d'hypotension orthostatique, le matin est souvent plus sûr. À décider avec le médecin.
Le stress fait-il monter la tension ?
Il provoque des élévations transitoires, mais ce n'est pas la cause principale d'une hypertension chronique. En revanche, le stress et l'anxiété faussent la mesure au cabinet — d'où l'intérêt de l'automesure à domicile.
Peut-on arrêter le traitement si la tension est redevenue normale ?
Une tension normale sous traitement signifie que le traitement fonctionne, pas que l'hypertension a disparu. En revanche, une baisse durable de la tension chez une personne qui a maigri, qui s'est fragilisée ou qui fait des malaises justifie une réduction encadrée par le médecin — ce qui est une démarche fréquente et souhaitable au grand âge.
Pour aller plus loin
- Malaise en se levant : l'hypotension orthostatique
- AVC : reconnaître les signes et agir vite
- Prendre soin de son cœur en vieillissant
Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de doute sur votre santé ou celle d'un proche, parlez-en à votre médecin.
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