Chaque été, les services d'urgences voient arriver les mêmes tableaux : une personne âgée confuse, fatiguée, tombée chez elle, qui « ne buvait plus depuis deux jours ». La déshydratation du sujet âgé est l'une des urgences les plus fréquentes et les plus évitables de la médecine gériatrique.
Au Maroc, où les vagues de chaleur dépassent régulièrement 40 °C à l'intérieur des terres et où beaucoup de personnes âgées vivent dans des logements peu ventilés, ce risque mérite une vigilance particulière de juin à septembre.
Pourquoi le corps âgé résiste mal à la chaleur
Ce n'est pas une question de volonté ni de « manque d'habitude ». Ce sont quatre mécanismes physiologiques bien identifiés.
La soif ne prévient plus
Les récepteurs cérébraux de la soif perdent en sensibilité. Une personne de 80 ans peut avoir perdu 2 % de son eau corporelle — seuil auquel un adulte jeune se précipiterait sur une bouteille — sans ressentir aucune soif.
La réserve d'eau est plus faible
L'eau représente environ 60 % du poids d'un adulte jeune, mais seulement 50 % chez la personne âgée, du fait de la fonte musculaire (le muscle contient beaucoup d'eau, la graisse presque pas). Il y a donc moins de marge avant la décompensation.
Le rein retient moins bien
La fonction rénale décline avec l'âge et la capacité à concentrer les urines diminue : le corps continue d'éliminer de l'eau même lorsqu'il en manque.
La sueur est moins efficace
Le nombre de glandes sudoripares fonctionnelles baisse, et la vasodilatation cutanée est plus lente : le principal système de refroidissement du corps devient moins performant.
À cela s'ajoutent souvent des traitements aggravants : diurétiques, laxatifs, certains antihypertenseurs, antidépresseurs et neuroleptiques.
Reconnaître la déshydratation
Les signes classiques enseignés pour l'adulte jeune sont trompeurs chez la personne âgée. Le pli cutané, par exemple, persiste normalement avec l'âge et n'a que peu de valeur.