Hospitalisation d'une personne âgée : préparer, accompagner, protéger
Une hospitalisation peut faire basculer une personne âgée dans la dépendance. Ce que la famille peut faire, avant, pendant et après, pour l'éviter.
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Dr Hind Akalai
Geriatrics & Gerontology
March 26, 2026 7 min read 1 views
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Une hospitalisation n'est jamais un événement neutre chez une personne âgée. Environ un tiers des patients de plus de 70 ans sortent de l'hôpital moins autonomes qu'ils n'y sont entrés — et souvent pas à cause de la maladie qui les y a conduits.
Ce phénomène, appelé déclin fonctionnel lié à l'hospitalisation, résulte de facteurs largement évitables : alitement prolongé, jeûnes répétés, sommeil perturbé, désorientation, sondes et perfusions inutiles, médicaments sédatifs.
La famille a un rôle réel à jouer. Cet article décrit ce qui aide, concrètement, avant, pendant et après.
Avant : préparer
Le dossier à emporter
Préparez une pochette, si possible à l'avance, et gardez-la accessible :
Liste des médicaments à jour, ou mieux : toutes les boîtes
Ordonnances récentes
Comptes rendus d'hospitalisation et résultats d'examens récents
Carte d'identité, documents d'assurance maladie
Coordonnées du médecin traitant et des spécialistes
Nom et téléphone de la personne de confiance (voir ici)
Allergies connues
Une fiche « qui je suis » — le document le plus utile et le moins souvent fourni
La fiche « qui je suis »
Une page, écrite par la famille, qui indique :
Comment la personne aime être appelée
Sa langue habituelle (essentiel : une personne âgée arabophone hospitalisée dans un service francophone est doublement désorientée)
Son autonomie réelle avant l'hospitalisation : marche-t-elle seule ? avec une canne ? se lave-t-elle seule ?
Ses troubles sensoriels : lunettes, appareils auditifs, prothèse dentaire
Ses troubles cognitifs éventuels et ses antécédents de confusion
Ses habitudes : heure du lever, du coucher, ce qu'elle aime manger
Ce qui l'apaise, ce qui l'angoisse
Comment elle exprime la douleur (surtout si elle communique mal)
Cette fiche transforme la prise en charge. Elle permet à l'équipe de traiter une personne, et non un dossier.
Les affaires personnelles
Lunettes, appareils auditifs (avec des piles de rechange), prothèses dentaires — leur absence est l'une des premières causes de confusion à l'hôpital
Chaussures fermées à semelle adhérente (pas de babouches ni de chaussons ouverts)
Vêtements de jour : rester habillé, plutôt qu'en pyjama toute la journée, favorise le maintien du rythme et de l'autonomie
Une horloge et un calendrier
Des photos de famille
Une bouteille d'eau, un baume à lèvres
Pendant : protéger l'autonomie
Les quatre risques majeurs, et comment les contrer
1. La confusion aiguë (delirium) — jusqu'à un tiers des patients âgés hospitalisés, et une part importante est évitable.
Ce qui protège : lunettes et appareils auditifs portés, éclairage adapté au rythme jour/nuit, repères temporels visibles, présence familiale en journée, rappel régulier du lieu et de la raison du séjour, sommeil respecté la nuit, retrait rapide des sondes et perfusions. Voir confusion aiguë.
2. Le déconditionnement — quelques jours d'alitement suffisent à faire perdre une autonomie construite sur des années.
Ce qui protège : se lever dès que l'état le permet, s'asseoir au fauteuil pour les repas, marcher dans le couloir plusieurs fois par jour, faire les gestes soi-même plutôt que se les faire faire. Demandez explicitement l'autorisation de mobilisation à l'équipe, et accompagnez la marche lors de vos visites.
3. La dénutrition — les jeûnes répétés pour examens, les plateaux non ouverts et l'inappétence font perdre du poids très vite.
Ce qui protège : signaler les plateaux non touchés, aider au repas si nécessaire, apporter des aliments appréciés (avec l'accord de l'équipe), veiller à ce que la personne soit assise pour manger, vérifier que la prothèse dentaire est en place, alerter sur les jeûnes prolongés. Voir la dénutrition.
4. Les chutes — l'environnement est inconnu, les repères manquent, les médicaments changent.
Ce qui protège : sonnette à portée de main, chaussures fermées, lit en position basse, chemin dégagé vers les toilettes, accompagnement pour se lever, signalement de tout vertige.
Communiquer avec l'équipe
Identifiez le médecin référent et l'infirmier référent, et demandez un rendez-vous plutôt que des questions dans le couloir
Préparez vos questions par écrit, par ordre de priorité
Posez les questions utiles : quel est le diagnostic ? quel est le plan ? combien de temps ? quels sont les traitements ajoutés ou arrêtés, et pourquoi ? quel est l'objectif de sortie ?
Signalez tout changement de comportement : c'est souvent la famille qui repère la confusion débutante avant l'équipe, parce qu'elle connaît la personne
Signalez la douleur, en particulier chez une personne qui ne l'exprime pas verbalement
La sortie : le moment le plus risqué
Une part importante des réhospitalisations survient dans le mois suivant la sortie, souvent pour des raisons évitables : ordonnance mal comprise, traitement modifié sans que le médecin traitant le sache, aides non mises en place.
La checklist de sortie
Le compte rendu d'hospitalisation est-il remis, et le médecin traitant l'a-t-il reçu ?
L'ordonnance de sortie est-elle expliquée ? Quels médicaments ont été arrêtés, lesquels ajoutés, lesquels modifiés ? Comparez ligne à ligne avec l'ordonnance d'entrée — c'est ici que se produisent la plupart des erreurs
Les rendez-vous de suivi sont-ils pris ?
Les soins à domicile (infirmier, kinésithérapeute) sont-ils organisés et joignables ?
Le matériel nécessaire (déambulateur, lit médicalisé, barres) est-il commandé et livré ?
L'aide à domicile est-elle en place ?
Le domicile est-il adapté au nouvel état de la personne ? (voir la checklist)
Qui appeler en cas de problème, et à quel numéro ?
Y a-t-il des signes d'alerte à surveiller, et lesquels ?
Après le retour
Consulter le médecin traitant dans la semaine qui suit
Surveiller le poids, l'appétit, l'humeur, le sommeil
Reprendre progressivement la marche et les activités — la récupération fonctionnelle demande souvent plusieurs semaines
Ne pas s'alarmer d'une fatigue prolongée, mais s'inquiéter d'une aggravation
Questions fréquentes
Peut-on rester dormir auprès d'un parent hospitalisé ?
Cela dépend des services et des établissements. Beaucoup l'acceptent pour les personnes très âgées, confuses ou en fin de vie. Demandez-le explicitement, en expliquant le bénéfice attendu : la présence d'un proche réduit réellement la confusion et l'agitation nocturnes.
Comment éviter que le traitement habituel soit interrompu ?
Apportez toutes les boîtes dès l'admission et remettez la liste écrite à l'infirmier. Vérifiez régulièrement que les traitements essentiels (Parkinson, épilepsie, anticoagulants, insuline, hormones thyroïdiennes) sont bien poursuivis — leur interruption, même brève, peut avoir des conséquences sérieuses.
Mon père est devenu confus à l'hôpital alors qu'il allait bien. Est-ce définitif ?
Le plus souvent non, mais la récupération est lente — plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Il faut chercher et traiter la cause, maintenir les repères, et réévaluer la cognition à distance de l'épisode. Signalez-le au médecin traitant dès le retour.
Faut-il accepter une sortie qui semble trop précoce ?
Vous pouvez exprimer vos inquiétudes et demander un entretien avec le médecin. Les arguments recevables sont concrets : la personne ne tient pas debout, aucune aide n'est en place, personne n'est disponible au domicile. Une sortie mal préparée conduit souvent à une réhospitalisation quelques jours plus tard.
Comment aider une personne qui ne parle pas la langue du service ?
Signalez-le dès l'admission, notez-le sur la fiche « qui je suis », et écrivez quelques phrases utiles en arabe et en français sur une feuille laissée près du lit (« j'ai mal », « j'ai soif », « je veux aller aux toilettes »). Une barrière linguistique non identifiée est régulièrement prise pour une confusion.
Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de doute sur votre santé ou celle d'un proche, parlez-en à votre médecin.