Les troubles du comportement sont la première cause d'épuisement des aidants, et la première cause d'entrée en institution — bien avant la perte de mémoire elle-même.
Ils touchent la grande majorité des personnes atteintes de maladie d'Alzheimer ou d'une démence apparentée au cours de l'évolution : agitation, agressivité, déambulation, cris, opposition aux soins, idées de vol, hallucinations, désinhibition.
Le message central de cet article tient en une phrase : un trouble du comportement est un message, pas un caprice. La personne ne « fait pas exprès ». Elle exprime, avec les moyens qui lui restent, un besoin, une douleur ou une peur qu'elle ne peut plus formuler.
Chercher la cause avant de traiter
C'est la démarche essentielle, et elle résout une grande partie des situations. Quatre familles de causes.
1. Une cause physique — à éliminer en premier
Devant tout changement brutal de comportement, cherchez systématiquement :
- Une douleur : arthrose, escarre, dent, constipation, blessure. C'est la première cause, et la plus souvent manquée. Une personne démente qui devient agressive au moment de la toilette a très probablement mal quelque part
- Une infection : urinaire, pulmonaire, souvent sans fièvre
- Une rétention d'urines ou un fécalome — causes classiques d'agitation aiguë
- Une déshydratation
- Un médicament récemment introduit ou modifié
- Un trouble métabolique : hypoglycémie, sodium bas
- Un inconfort simple : trop chaud, trop froid, faim, soif, vêtement serré, envie d'aller aux toilettes
Une aggravation rapide doit faire évoquer une confusion aiguë, qui est une urgence médicale.
2. Une cause environnementale
- Bruit, télévision allumée en fond, trop de monde, agitation autour
- Éclairage insuffisant, ombres mal interprétées
- Changement de lieu, de meuble, de personne
- Miroirs, reflets, images à la télévision prises pour la réalité
- Absence de repères temporels
3. Une cause relationnelle
- Injonctions trop rapides, plusieurs consignes à la fois
- Ton pressé, agacé — la personne perçoit très bien l'émotion, même sans comprendre les mots
- Sentiment d'être infantilisé, dépossédé
- Geste de soin imposé sans explication ni consentement
4. La maladie elle-même
Anxiété, perte des repères, incompréhension du monde environnant, sentiment de danger permanent.
Les situations les plus fréquentes
L'agressivité pendant la toilette
C'est le grand classique. La toilette est vécue comme une intrusion : on est déshabillé, touché, mouillé, par quelqu'un dont on ne comprend pas l'intention.
Ce qui aide :
- Annoncer chaque geste avant de le faire
- Aller lentement, ne jamais surprendre par derrière
- Préserver la pudeur : couvrir ce qui n'est pas lavé
- Laisser la personne participer : lui donner le gant
- Choisir le bon moment — reporter d'une heure plutôt que d'imposer
- Vérifier la température de l'eau et de la pièce
- Traiter la douleur avant la toilette si des mobilisations sont nécessaires
La déambulation
Marcher sans but apparent répond souvent à un besoin réel : bouger, chercher quelqu'un, retrouver un lieu du passé, fuir une angoisse.
Ce qui aide :
- Sécuriser plutôt qu'empêcher : verrous en hauteur, détecteurs, sol dégagé, éclairage nocturne
- Permettre un circuit de marche sûr dans le logement
- Augmenter l'activité physique en journée, ce qui réduit nettement la déambulation nocturne
- Bracelet ou carte d'identification en cas de risque de sortie
- Ne pas retenir physiquement : cela déclenche presque toujours l'agressivité
Les idées de vol et la méfiance
« On m'a volé mon porte-monnaie » est une plainte très fréquente. Elle résulte de l'oubli du rangement, et le cerveau produit une explication logique : quelqu'un l'a pris.
Ce qui aide :
- Ne pas se justifier ni se vexer — l'accusation ne vous vise pas personnellement
- Aider à chercher, ensemble, calmement
- Repérer les cachettes habituelles de la personne
- Prévoir des doubles des objets importants (clés, lunettes)
- Détourner l'attention une fois l'objet retrouvé
Le syndrome crépusculaire
Une agitation qui augmente en fin d'après-midi et le soir, très fréquente.
Ce qui aide :
- Exposition à la lumière naturelle en journée, éclairage vif en fin d'après-midi
- Fermer les rideaux avant la tombée de la nuit pour éviter les reflets
- Éviter les siestes trop longues ou trop tardives
Les attitudes qui apaisent
- Rester calme — votre état émotionnel se transmet directement
- Ne pas argumenter, ne pas corriger. On ne gagne jamais une discussion contre la maladie
- Valider l'émotion, pas le contenu : « je vois que tu es en colère » plutôt que « tu te trompes »
- Une consigne à la fois, phrases courtes, ton posé
- Détourner l'attention : proposer autre chose, changer de pièce, sortir
- Sortir de la pièce quelques minutes si vous sentez la tension monter — c'est légitime et efficace
- Chercher le déclencheur après coup : noter l'heure, le contexte, qui était là. Un carnet fait apparaître des schémas très utiles
Les médicaments : en dernier recours
Les neuroleptiques sont trop souvent prescrits dans cette indication. Ils exposent à des risques sérieux chez la personne démente : chutes, AVC, pneumopathie, sédation excessive, aggravation cognitive et surmortalité.
Les principes de bon usage :
- Uniquement après échec des approches non médicamenteuses et recherche de cause physique
- Uniquement si le comportement met en danger la personne ou son entourage
- Dose la plus faible, durée la plus courte
- Réévaluation à quelques semaines avec tentative de diminution
- Jamais pour « faire tenir tranquille »
Voir aussi somnifères et benzodiazépines et la déprescription.
Questions fréquentes
Mon père m'insulte alors qu'il ne l'a jamais fait. Est-ce lui qui parle ?
Non, c'est la maladie. La désinhibition résulte de l'atteinte des régions frontales du cerveau, qui contrôlent normalement l'expression des impulsions. Ces paroles ne reflètent ni ce qu'il pense, ni ce qu'il ressent pour vous. Il est légitime d'en souffrir malgré tout — parlez-en, ne gardez pas cela pour vous.
Faut-il l'empêcher de sortir ?
Empêcher physiquement déclenche l'agressivité et augmente le risque de blessure. Mieux vaut sécuriser l'environnement, accompagner la marche, canaliser le besoin de bouger dans la journée, et prévoir une identification en cas de sortie. La contention est à proscrire.
Pour aller plus loin
- Maladie d'Alzheimer : comprendre, diagnostiquer, accompagner
- Confusion aiguë : une urgence trop souvent négligée
- L'épuisement de l'aidant
Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée. En cas de doute sur votre santé ou celle d'un proche, parlez-en à votre médecin.
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